Délais de paiement qui stagnent

Le P2P : Les délais de paiement qui stagnent

Les délais de paiement ne diminuent plus. Les amendes augmentent

 

Il y a quelques semaines, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, et Jeanne-Marie Prost, présidente de l’Observatoire des délais de paiement, ont présenté l’évolution des délais de paiement en 2018.

Des délais de paiement qui peinent désormais à se réduire : le retard de paiement moyen s’est stabilisé autour de 11 jours ; seuls 44% des clients payent l’ensemble de leurs factures à l’heure.

… Et qui varient nettement en fonction de la taille de l’entreprise cliente : les grandes entreprises payent toujours moins rapidement leurs fournisseursque les PME et les ETI.

Au-delà de l’impact,mentionné par l’Observatoire des délais de paiement de la forte représentativité des ETI dans des secteurs avec des délais de paiement longs, deux autres grands facteurspeuvent expliquer cette situation et permettre d’identifier, au cas par cas, des leviers d’amélioration :

Des processus complexes et souvent lourds de traitement des factures du fait de la complexité des organisations et de la multiplicité des systèmes : des règles d’adressage multiples, peu de rapprochement automatique avec les commandes, de nombreuses validations demandées, etc. Le déploiement d’un processus P2P intégré et automatisé peut être une réponsepour fluidifier les échanges et réduire les délais.

La sensibilité des acteurs de l’Entreprises aux enjeux des délais de paiement. Au-delà des contraintes issues des processus et des outils, beaucoup de parties prenantes du processus de paiement des factures, dans les grandes entreprises, n’ont pas encore conscience de l’impact de leur action (ou plutôt de leur non-action) surla trésorerie de leurs fournisseurs. Même si cela est entrain de progresser, comme le montre les résultats de l’association Pacte PME .

Face à cette situation qui ne progresse que très faiblement, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) amplifie ses contrôles.

Elle vient d’infliger trois amendes de plus de 500 000 euros, conformément à la loi Sapin II (2016), qui prévoit en particulier l’augmentation des montants des amendes (de 375 000 € à 2 millions € pour les personnes morales, suppression des plafonds) ainsi que la publication systématique des sanctions sur le site de la DGCCRF. Ces amendes sont les plus lourdes infligées par la DGCCRF.

Au total, en 2019, la DGCCRF a déjà infligé près de 5 millions d’euros de pénalités.

En 2018, ce sont plus de 2 700 contrôles réalisés et 263 sanctions décidées pour un montant total d’amende de 17,2 millions d’euros, soit plus du double du montant prononcé en 2017 (1 500 contrôles – 155 décisions notifiées – 8,6 millions d’euros d’amende).

Tous les types d’entreprises sont concernés, tant dans les TPE/PME que les grands groupes internationaux ou leurs filiales, dans le secteur privé ou public.

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Les principaux enseignements de l’Observatoire des délais de paiement 2018

Le retard de paiement moyen reste autour de 11 jours – en corrélation avec la taille de l’entreprise, qu’elle soit privée ou publiqueSelon les analyses d’Altares, qui s’appuient sur de nombreuses balances âgées, le retard de paiement moyen a diminué régulièrement depuis 2015 (ou il était de 13,6 jours en moyenne) et se situe maintenant, depuis 2017, à 11 jours.

Cet indicateur augmente avec la taille de l’entreprise cliente, puisqu’il est de 10 jours pour les plus petites entreprises contre 15 jours pour les plus grandes. Conscient du caractère anormal de cette situation, certains grands groupes ont d’ailleurs lancer un certain nombre d’initiatives tournées vers leurs fournisseurs, en particulier les PME cf. Pacte PME

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En complément, l’analyse réalisée par la Banque de France à partir des données de bilan (2017) donne elle aussi une vision stable des retards de paiement depuis 4 ans (44 jours de chiffre d’affaires pour les délais client / 51 jours d’achat pour les délais fournisseurs), en lien avec la taille de l’entreprise mais aussi les secteurs.

Ainsi les ETI demeurent la catégorie d’entreprises présentant le solde commercial le plus élevé (12,6 jours vs Grandes entreprises : 4 jours – en 2017), c’est-à-dire celle qui, relativement, est le plus important financeur du crédit interentreprises. Cela s’explique par des différences structurelles, vis à vis des grandes entreprises qui ont un rapport de force plus favorable avec leurs clients et vis-à-vis des PME dont le tissu économique est d’avantage orienté vers les secteurs dont les délais sont les plus courts (ex : hébergement, restauration, commerce de détail)

 

44 % des clients règlent toutes leurs factures à l’heure.

Là encore, la proportion des entreprises réglant leurs fournisseurs en moyenne sans retard diminue significativement avec la taille. En effet, alors que 70 % des PME respectent des délais inférieurs à 60 jours, ce chiffre n’est plus que de 53 % si l’on considère les ETI, et chute à 46 % pour les grandes entreprises.La part des grands retards (au-delà de 30 jours de retard) est lui aussi stable autour de 6,3 % des entreprises.

Par comparaison, au niveau européen 45,8% des entreprises payent sans retard (T3 2018) et le retard moyen est de 13,2 jours.